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Et si le dilettantisme était finalement un atout ?



Le dilettantisme a mauvaise presse : je vous déconseille d'annoncer lors d'un entretien de recrutement que votre principale qualité est le dilettantisme ! C'est pourtant une qualité précieuse dans la vie professionnelle, qui pourrait favoriser ce fameux bonheur de travail que chacun s'efforce de trouver.


D’ailleurs, le dilettantisme a longtemps eu une connotation positive : étymologiquement, "dilettante" dérive du verbe latin delectare, qui signifie "prendre plaisir, se plaire à". Il désigne les personnes qui suivent leurs envies. Une étude de 1898 les définit comme ceux qui "travaillent au gré de leur fantaisie et de leur curiosité", voilà qui fait plutôt envie ! Au XVIIIe siècle, il existait en Grande-Bretagne une "Society of Dilettanti" qui rassemblait ceux qui avaient réalisé leur Grand Tour des villes culturelles européennes, notamment italiennes : ils composaient leur itinéraire en fonction de leurs envies, comme aller visiter Pompéi, Venise ou Athènes et parachevaient sur le terrain leur connaissance des classiques. Ils y passaient plusieurs mois voire plusieurs années, souvent accompagnés d'un tuteur.


Oisiveté réservée à une élite ? En partie. Ces voyages en apparence décousus permettaient aussi d'atteindre des objectifs importants comme :

· Parachever son éducation classique en allant "sur le terrain".

· Apprendre des langues vivantes en immersion.

· Nouer des relations commerciales, par exemple en développant un comptoir familial.

· Socialiser avec ses pairs autour d'une expérience commune, une fois de retour en Grande-Bretagne.


Le principe n'a pas complètement disparu, par exemple avec les années sabbatiques ou les années de césure. Mais peu de personnes peuvent se permettre de visiter un continent au gré de leurs envies tout en prenant leur temps. Et cette démarche n'est plus vraiment compatible avec nos impératifs de se définir des objectifs[1], d'identifier les indicateurs de réussite et de suivre le pourcentage d'avancement de ces objectifs... C'est avec la Révolution Industrielle et ses impératifs de productivité que le dilettante est devenu synonyme de l’amateur, de la personne qui montre peu d'engagement dans ses activités et qui a tendance à papillonner sans rien achever.


J’encourage pourtant à retrouver l’état d'esprit du dilettante pour les bénéfices qu’il apporte :

· Il produit des hasards fructueux, la fameuse sérendipité[2]. c'est loin de votre environnement familier (comme ces fameux princes de Serendip qui ont donné leur nom à ce principe) que vous êtes le plus susceptible d'avoir des idées originales, de croiser des personnes atypiques.

· Il apporte le plaisir de nourrir sa curiosité, de se laisser surprendre, de relâcher toute pression d'objectif ou de plan d'action.

· Il permet de se ressourcer et de trouver de l'inspiration


Vous ne pourrez pas aller voir votre manager et lui annoncer, "C'est décidé, je me mets au dilettantisme". Comment nourrir cet état d'esprit sans bouleverser votre quotidien opérationnel ? Prenez le temps d'écouter votre curiosité et de découvrir des disciplines et des domaines qui vous sont moins familiers mais qui vous attirent. Pour une fois, ne cherchez aucune justification ou objectifs ni même de retour sur investissement. Écoutez-vous, faites-vous plaisir, suivez une voie qui vous attire sans vous demander si elle s’inscrit bien dans votre stratégie de carrière.

C’est a posteriori que ces « échappées » feront sens et que vous en découvrirez les bienfaits !

[1] Quand vous avez la chance d'avoir un peu d'autonomie, sinon l'exercice est plutôt descendant et contraint... [2] La sérendipité désigne un hasard heureux. Le terme est tiré du Conte des Trois Princes de Serendip qui enchaînent les découvertes fructueuses lors d’un voyage en Orient.