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Conduite du changement : Le sentiment d'urgence ne fonctionne plus


Pire encore, il n'a probablement jamais fonctionné...

Le sentiment d'urgence fait partie des fondamentaux de la conduite du changement : c'est la 1ère des 8 étapes conçues par John Kotter pour mener à bien une transformation. Mais dès la première étape, il semble que nous soyons bien mal partis !


Vous pouvez vous représenter le sentiment d'urgence dans la conduite du changement ainsi : Imaginez un amphithéâtre d'au moins 500 personne. Une dizaine de cadres dirigeants se succèdent au micro pour expliquer, à l'aide d'une robuste présentation PowerPoint et du ton alarmiste de circonstance, que :

  • "La concurrence est plus rude que jamais"

  • "Un pays asiatique a copié notre dernière innovation si prometteuse"

  • "Une règlementation beaucoup plus contraignante est en discussion"

  • "La société XX a les moyens de nous racheter sans que nous ne puissions discuter"

  • "Nous risquons d'être disruptés"

  • "Les algorithmes nous feront disparaître"

  • etc.

Ces présentations ont pour objectif de sensibiliser l'auditoire au risque pris à ne pas bouger et d'inciter donc à mener telle réorganisation ou tel projet de changement.

Cela ne fonctionne pas / plus pour deux raisons majeures :

1. Alerter sur les risques ne fait pas changer les comportements, comme le prouvent régulièrement les études de psychologie comportementale. Nous avons du mal à nous projeter dans l'avenir et nous préférons le confort du présent. Cet effet va en s'accroissant avec l'échelle de temps : plus le risque est éloigné dans le temps et moins nous y sommes sensibles.

Deux exemples empruntés à la santé :

9 personnes sur 10 qui ont été victimes d'une alerte cardiaque sérieuse n'ont rien changé à leur hygiène de vie malgré les discours tenus par les médecins et l'expérience qu'elles viennent de vivre.


Les images horribles sur les paquets de cigarettes n'ont arrêté personne de fumer, elles créent au contraire un effet de fascination et chaque fumeur est persuadé que cela ne lui arrivera pas.


2. La ficelle est usée ! Avec des réorganisations qui se succèdent à un rythme de plus en plus soutenu, le sentiment d'urgence s'est largement émoussé. Les collaborateurs ont entendu ces discours à peu près tous les 6 mois et y sont désormais complètement imperméables.

John Kotter lui-même a reconnu récemment dans son ouvrage Accélérez ! Osez l'agilité, qu'il n'était plus convaincu par la pertinence du sentiment d'urgence et qu'il préférait partir plutôt d'une opportunité à saisir.

Voilà qui est tout de suite plus réjouissant et enthousiasmant !


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